Mon interview de Christelle Dabos

Interview de Christelle Dabos, auteure de la saga à succès la Passe-Miroir

Je me souviens m’être vue offert les deux premiers tomes de la Passe-Miroir pour mon anniversaire. Mon père, très fier, m’affirma que ce livre avait reçu le prix du roman jeunesse Gaillemard. Moi, ce qui m’a le plus impressionné, c’est la petite banderole rouge sur lequel il y avait inscrit le nombre de lecteurs. Alors quand, à la fin de l’été, je reçus sur ma boîte mail un message de Christelle Dabos qui acceptait de répondre à mes questions, je vous avoue avoir failli pleurer d’émotions.

Je vous transmet aujourd’hui avec un très grand honneur ses réponses à toutes mes questions, pour vous éclaircir sur les détails les plus mystérieux de la Passe-Miroir… Et je vous invite à venir voir, en janvier 2022, l’explication de mon tout dernier projet, qui inclura à mon très grand honneur la prestigieuse Christelle Dabos…


SOMMAIRE :

1/ Les personnages de Christelle Dabos (petite analyse, les favoris, l’explication de la construction d’un personnage)

2/ Les Décors (les arches, les sources d’inspiration)

3/ Les Pouvoirs (le pouvoir à avoir, explication du Mille Face, l’Autre)

4/ L’Objet Fétiche

5/ Petits conseils pour la fin

6/ Promesse…

Les personnages de Christelle Dabos

« Ces personnages sont tous un peu moi, mais je ne suis vraiment aucun d’eux. »

1°) Ces personnages qui sont en vous

Pour commencer, je dois dire que vous êtes une auteure bluffante quand on voit l’épaisseur de l’univers que vous avez su créer. Les décors, les personnages, tout jusqu’aux retournements de situations est unique, différent et original. Si bien qu’on se demande souvent d’où vous provienne toutes ces idées ! Personnellement, j’ai eu un coup de cœur sur chacun des protagonistes, pratiquement. C’est pourquoi je voudrais commencer par cette question ; quel est le personnage qui, selon vous, vous ressemble le plus ? Si vous le pouviez, désireriez-vous l’amener dans notre réalité ?

Lorsque j’écrivais la Passe-Miroir, je me faisais souvent la réflexion qu’Ophélie était mon reflet inversé. Maladroite, mais sûre d’elle. Autrement dit, fragile à l’extérieur, mais forte comme un roc en elle-même. Nous partageons toutefois quelques points communs ; les deux principaux sont sans hésiter la myopie, et la maladresse. Il faut dire qu’en commençant à écrire, j’étais très mal à l’aise avec ma « gaucherie ». J’ai alors eu envie de créer un personnage qui serait tout aussi gauche que moi (voir plus) mais qui l’aurait accepté, et qui serait à l’aise avec ça.

Ceci répond déjà un peu à ta seconde question. En effet, mes personnages occupent déjà tous une place dans ma réalité. En écrivant, j’avais parfois l’impression qu’Ophélie était assise à côté de moi dans le bus, à regarder par la vitre. Quand j’ai reçu les premiers commentaires de lectrices tombées sous le charme (oui, le charme !) de Thorn, je pouvais très facilement imaginer sa tête penchée par-dessus mon épaule et se décomposer d’embarras. Mais surtout, mes personnages m’ont aidé à surmonter quelques épreuves, ou du moins, à mieux les supporter. Imaginer Ophélie se confronter aux mêmes murs contre lesquels je me suis cognée, ça m’a aidée à les aborder sous un angle différent.

2°) Ceux que vous avez eu du mal à créer

Et parmi cette centaine de personnages que vous êtes parvenus à imaginer au fil de votre saga, est-ce que certains vous ont posé plus de difficultés que d’autres ?

En fait, certains personnages se sont imposés à moi. Je les ai créés dans un mouvement presque instinctif. Je pense ici à Ophélie, Thorn, ou Berneldide, par exemple. Bien sûr, je ne savais pas tout d’eux quand ils sont arrivés. J’ai eu besoin de leur parler, d’échanger avec eux, à travers l’écriture. Néanmoins, tout c’est fait très naturellement.

Après, il y a les personnages comme Archibald. Ils me viennent également très facilement, mais alors que je minimisais leur importance, ils revenaient d’eux-mêmes à certains moments de mon histoire, sans que je l’ai décidé.

Enfin, il y a le Chevalier. Ce personnage est sans doute l’un des plus mystérieux de la saga, même pour moi. A l’origine, je le destinais à un rôle très important. Mais, c’était un personnage qui me mettait très mal à l’aise. J’ai dû remodeler toute ma version de la Passe-Miroir pour pouvoir l’en extraire, et retrouver l’histoire qui me plaisait.

Donc, le fait que vous n’accrochiez pas avec ce personnage à modifier le déroulement de la Passe-Miroir telle que nous la connaissons ?

Tout à fait ! J’ai dû réécrire mon histoire, créer une nouvelle version, alors que j’étais déjà à plus de la moitié de ce que je voulais atteindre…

3°) La « Dabos méthode » pour créer les personnages

Est-ce que vous adoptez un processus ou une méthode spéciale pour créer vos personnages ? Y-a-t-il, si je puis dire, une « technique » ?

Tout d’abord, comme je l’ai déjà -vaguement- affirmé, j’ai besoin de communiquer avec mes personnages. C’est-à-dire que j’ai besoin d’un petit moment avec chacun d’entre eux. J’ouvre un dossier sur mon ordinateur, je pense à tel ou tel personnage et j’écris, j’écris, j’écris. J’apprends à le connaître, j’observe d’où il vient, j’essaie d’i’maginer comment il va évoluer.

Mais, surtout, j’aime beaucoup me poser cette question ; « Qu’est-ce qui motive mon personnage et, à l’inverse, qu’est-ce que ce personnage désire ».

Pour moi, une motivation et un désir peuvent se contredire. Ou, en tout cas, ils ne sont pas nécessairement équivalent. C’est d’ailleurs très intéressant d’observer le conflit qui peut s’opérer entre le désir et l’adversité qui s’opère vis à vis de cette envie.

Par exemple, si on observe d’un peu plus près le personnage de Thorn, on remarque que sa motivation réside dans son sens aiguisé du devoir. L’éthique, le devoir par excellence, voilà ce qui le pousse à agir. Par contre, si on se penche sur l’aspect plus sentimental de son caractère, et sur ses envies, on remarque qu’il a besoin d’être indispensable.

C’est à partir de ce besoin que je suis parvenue à établir l’histoire de Thorn, son passé. Parce que nos désirs se construisent souvent de part notre avancée dans le monde 🙂

4°) Mon personnage favori de la saga : Archibald

A présent que j’ai fait le tour de mes questions sur les personnages, je m’autorise un petit détour égoïste 😉 Pouvez-vous prendre le temps de nous présenter à Archibald, qui est mon protagoniste favori, dans la Passe-Miroir ?

Notre cher Archibald est un personnage exceptionnel dans le sens où il ne se soucie absolument pas du regard des autres, pourtant, au début du livre, toujours braqué sur lui. Archibald fait en effet partie de la Toile, qui le connecte à chaque membre de sa famille et vis versa. Tout le monde le voit. La Toile, soit dit en passant, est une sorte de personnification des réseaux sociaux dans mon histoire 😉

D’un point de vue qui me concerne plus particulièrement, Archibald est aussi une sorte d’OVNI. En fait, à l’origine, il n’y avait pas d’Archibald. Il s’est littéralement invité dans la saga, et s’il semblait s’éclipser quelques fois, son image me revenait au moindre tournant.

Il est aussi intéressant car c’est un peu le reflet inversé de Thorn. Extraverti, bronzé, insouciant, libertin, plutôt petit, alors que Thorn est grand, squelettique, introverti, extrême rigoureux et pudique. Cela explique sans doute la grande hostilité qui régit entre eux, tout au long du récit.

L’évolution d’Archibald reste néanmoins particulièrement intéressante. II devient de plus en plus grave, et donc intéressant. De plus, cette évolution n »était absolument pas prévu.


Le décor incroyable planté par Christelle Dabos

« Pour planter mon décor, j’ai adoré créer des contrastes un peu partout… »

1°) Vos Arches sont légendaires. Pouvez-vous nous parler d’Anima ? Et du Pôle ? Et de votre favorite, si vous en avez une ?

Anima est mon Arche cocon, ma « favorite ». Sans la moindre hésitation. En fait, pour vous plantez le décor, il faut savoir que, 14 ans plutôt, je vivais sur la Cote d’Azur. Et je ne sais pas pourquoi, cette ville ne me correspondait pas. C’est ce mal-être qui m’a poussé à déménager en Belgique. Et je m’y suis retrouvée, ce pays m’a fait du bien. Anima, c’est une grosse part de la Belgique. J’ai repris quelques symboles ; le wallon, par exemple, langue belge, correspond à quelques détails près au patois des animistes.

Le Pôle, c’est l’Arche des contrastes. Il faut savoir que j’adore créer des contrastes un peu partout ! En fait, pour créer cette Arche, je me suis appuyée sur Nice. J’ai créé les illusions, qui constituent le décor principal du Pôle en évoquant les souvenirs que j’avais de cette ville.

Par contre, dans le premier tome, je me suis particulièrement inspirée de Versailles pour créer les intrigues de la Cour, et la beauté de ce lieu. Cette inspiration, je la dois à mon père, qui est complètement passionné du palais et des intrigues qui le régissaient sous Louis XIV.

Par exemple, pour le Clairdelune, je me suis aidée de ce que je connaissais du domaine de Volvicompte, qui était le surintendant des finances sous Louis XIV.

2°) Et est-ce que vous vous souvenez d’où vous vient cette idée d’Arches ?

Pareil que pour les personnages, certains éléments me sont venus tout naturellement ; les Arches éclatée en mille morceaux, par exemple. J’avais fait une sorte de rêve, où la lune éclaté en morceaux, un peu comme une assiette en porcelaine.

Je pense que ce rêve m’est venu, une nouvelle fois, grâce à mon père. Quand nous étions enfants, mon père adorait nous enregistrer des dessins animés. Il le faisait sur des petites cassettes, et même s’il ne regardait jamais les films avec nous, c’est lui qui nous a éduqué cinématographiquement. Et il me semble que dans un de ses dessins animés, il y avait cette image de lune morcelée.

D’ailleurs, si ça vous intéresse, je vous conseille très largement le Roi des Singes, ou le Roi et l’oiseau, qui sont deux dessins animés qui m’ont inspiré, notamment pour la Citacielle.


Les pouvoirs, vus par Christelle Dabos

« L’animisme m’aiderait beaucoup à combler ma maladresse (Rires) »

1°) En plus de tous ces paysages & personnages, vous avez su créer une multitude de pouvoirs. Si vous pouviez en adopter un, lequel serait-il ?

L’animisme me serait d’une grande d’aide ! En effet, à l’image d’Ophélie, je suis une incurable maladroite. Alors, ça me sera bien pratique pour réparer tout ce que je casse ! Par contre, je ne suis pas du tout matérialiste ; je n’ai aucune affection pour les objets !

2°) A l’inverse, est-ce qu’il y aurait un pouvoir que vous n’auriez pas vraiment aimé posséder ?

Les griffes de Thorn ne me correspondent pas du tout… Toutefois, elles sont intéressantes sur ce qu’elle révèle sur leur possesseur ! Elle demande beaucoup mentalement, je pense.

3°) Pouvez-vous nous parler un petit peu du Mille-Face, de ce qu’il peut représenter, dans notre réalité ?

Le Mille-Face évoque à mes yeux plusieurs choses, et c’est ce qu’il fait sa complexité. Pour commencer, il est typiquement de l’extérieur. Il y a une question de conscience, et d’artificielle. C’est une chose qui se développe dans l’artificialité et l’irréel jusqu’à atteindre une humanité.

C’est un peu comme la création d’une identité, de part l’imitation de différents caractères. Comme si on piochait ce qui nous plaisait chez chaque personne que l’on rencontre, pour l’inscrire en nous et former ce que nous sommes.

4°) Et l’Autre ? Est-il, lui aussi, un symbole ?

Etant une créature complètement inventée je dirais qu’il représente nécessairement quelque chose que j’ai puisé de notre réalité.

L’Autre reprend à nouveau cette idée d’identité, mais aussi d’altérité. Il m’a aidé à représenter la collision qui pouvait y avoir entre une personne et son inverse. Il est aussi un apport dans notre réalité !


L’objet fétiche de Christelle Dabos

Hum, si je devais arracher un object à ma saga, je choisirais sans hésiter les sabliers, ça m’aiderait beaucoup pour les dédicaces (j’ai l’impression de ne jamais avoir assez de temps pour tout faire bien !!)

Les Petits Conseils de fin

« Je ne regarde jamais en arrière, ce qui fait que j’ai très rarement des regrets. »

1°) Si vous deviez donner un conseil à la Christelle qui entame l’écriture de son premier livre, lequel serait-ce ?

Ce serait, sans hésiter, « patience, tu y arriveras ». Je ne regrette pas grand chose dans mon passé ! Si je devais réécrire la Passe-Miroir maintenant, je ferais autrement, mais c’est l’expérience qui me permet d’affirmer cela, alors je ne peux pas donner de conseils novateurs, si on veut ! Cette aventure m’a formé, tout entière qu’elle était.

2°) Et à l’écrivain qui veut se faire éditer, un conseil ?

Un truc qui, moi, m’a particulièrement servi, c’est de garder du plaisir en écrivant. Ne laisse pas les lecteurs te mettre une pression quelconque, c’est essentiel. Sinon, ce que tu produis ne sera jamais toi. Alors n’hésite pas à te détacher, à aller voir ailleurs pour mieux revenir, mais il ne faut jamais jamais se forcer.

Promesse de suite (d’interview ;))

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2 comments / Add your comment below

  1. J’adore ! Super article ! J’ai beaucoup aimé lire les réponses de Christelle Dabos.
    J’imagine la réaction de Thorn découvrant qu’il a des admiratrices et ça me fait bien rire 🤣
    Ca me rassure de voir que Le Chevalier met à l’aise sa créatrice également 😅
    Je suis contente qu’Archibald ce soit invité parce que j’adore ce personnage ! Je m’étais dis que la Toile ressemblait beaucoup aux réseaux sociaux.

    1. Ohh je suis trop contente qu’il te plaise autant !! J’adore Archibald également, et effectivement, cette image de Thorn m’a beaucoup plu !! Alala, quelle fine analyste 😉

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